J’avais sept ans,
je quittais un pays en guerre.
Cela signifiait la fin de l’enfance
et tout ce que la conscience ne dit pas. Je perdais.
Il faudrait imaginer, dans le gris des frontières nouvelles, le pays perdu.

Je crois que la photographie veut cela : inventer l’autre monde.

On ne reconstruit pas un paysage déserté, on crée la part manquante à partir du vide qu’il suscite.
C’est d’abord en lecteur que je recomposai le monde : je lisais, je photographiais,
comme on dépose un calque sur le langage, pour en traduire les signes.

Je photographie pour accorder le monde intérieur, l’immensité en nous, au rêve de l’arrière-pays, vrai lieu de la photographie...

... L’immensité est en nous. Elle est attachée à une sorte d’expansion d’être que la vie réfrène, que la prudence arrête,
mais qui reprend dans la solitude. Dès que nous sommes immobiles, nous sommes ailleurs ;
nous rêvons dans un monde immense. L’immensité est le mouvement de l’homme immobile...
*

Si paradoxal que cela paraisse, c’est souvent cette immensité intérieure qui donne sa véritable signification
à certaines expressions touchant le monde qui s’offre à notre vue...

* Gaston Bachelard la poétique de l’espace PUF 1957
   
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